Les Hérons, une nouvelle forme de développement culturel

Article écrit par Mathias
16 septembre 2025

Quand le magazine Ici & Maintenant nous a contactés pour parler des Hérons dans ce nouveau numéro, j’ai pensé au chemin parcouru depuis presque 15 ans à défendre une certaine vision de la culture et je suis tombé sur une étude fort inspirante. Cette étude pointe notamment du doigt notre échec à démocratiser nos politiques culturelles.

Quand le magazine Ici & Maintenant nous a contactés pour parler des Hérons dans ce nouveau numéro, j’ai pensé au chemin parcouru depuis presque 15 ans à défendre une certaine vision de la culture et je suis tombé sur une étude fort inspirante. Cette étude pointe notamment du doigt notre échec à démocratiser nos politiques culturelles.

En effet, depuis 1959*, on n’a fait qu’un bout du chemin en se contentant d’apporter la culture de ceux qui en ont à ceux qui n’en ont pas ! Mais on a totalement oublié que la main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit.

Elle n’a pas su mesurer le poids du refus de ceux qui finissent par avouer : « Le théâtre n’est pas pour moi » ou « Je n’aime pas lire ». Elle n’a pas su admettre qu’en affichant sa supériorité sur le monde de l’ordinaire – celui des cultures « locales », « populaires », « mainstream », « ethniques », « jeunes », « urbaines », etc. – elle imposait sa hiérarchie et refusait de reconnaître l’égale dignité des personnes dont la culture n’était pas la sienne. La « démocratisation de la culture » est devenue une métaphore vide de sens puisque depuis 60 ans « l’accès à la culture pour tous » n’a pas réduit les écarts, voire les fractures, entre les cultures. Même dans les moments favorables, où l’on a pu croire que les hiérarchies culturelles évoluaient, avec la prise en compte de la bande dessinée, des musiques actuelles ou des arts de la rue, etc. La « démocratisation de la culture » n’a pas fait évoluer d’un iota l’échelle des valeurs et des moyens publics en matière culturelle. Le « droit à la culture » est une espérance qui confine à l’illusion. Peut-on concevoir un autre « système culturel » fondé sur le respect de chaque être d’humanité, sur la reconnaissance des libertés culturelles des autres, sur la qualité des relations entre les cultures nécessaire pour faire croître l’humanité ensemble et relever le défi de la durabilité du monde qui vient ? C’est l’objectif des Hérons : « chaque personne est, en elle-même, un récit culturel ; elle a sa manière de parler, de rêver, d’imaginer le monde et de le pratiquer. La culture est d’abord cette façon singulière dont chaque personne donne un sens à sa vie et à celle des autres ».

Participer aux propositions culturelles des Hérons, c’est reconnaître que chacun doit pouvoir apporter la diversité de sa culture à la vie collective, car cette diversité culturelle, nous rappelle l’Unesco, est le patrimoine de l’humanité.

MATHIAS MARY
Directeur de l’association « Les Hérons »
Article largement inspiré du Rapport « Droits culturels
des personnes » pour la Région Nouvelle Aquitaine,
Jean-Michel Lucas et Aline Rossard , 2019

*Création du Ministère de la Culture

En photo : La compagnie La Luna (®Marc Roger)

En vidéo, zoom sur : La Convention de Faro met en avant les aspects importants du patrimoine, dans son rapport aux droits de l’homme et à la démocratie. Elle défend une vision plus large du patrimoine et de ses relations avec les communautés et la société. La Convention nous encourage à prendre conscience que l’importance du patrimoine culturel tient moins aux objets et aux lieux qu’aux significations et aux usages que les gens leur attachent et aux valeurs qu’ils représentent.

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